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Publié : 30 mars

Continuité pédagogique et télétravail : on répond à vos questions

Avec le confinement et la fermeture des établissements pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus, un nouveau terme s’est installé : "continuité pédagogique". Mais qu’en est-il exactement et quelles sont les conditions du télétravail dans l’Éducation nationale ? ci-dessous une vidéo de Sud éducation

Ci-dessous de Sud éducation56 ; une lettre ouverte à notre hiérarchie :

Dans cette période qui doit faire réfléchir à ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas, l’école publique, comme de nombreux autres secteurs, apparaît plus que jamais nécessaire dans notre société. Aujourd’hui, temporairement, chacun.e d’entre nous tente de maintenir le lien social fondamental entre les élèves et les équipes pédagogiques à distance, lien d’ordinaire créé au sein des établissements scolaires. De la même façon, beaucoup d’entre nous sommes prêt.e.s à prendre des risques en accompagnant, en présentiel, les jeunes qui se rendent encore dans les établissements scolaires.

Soyons réalistes, ce qui nous est demandé en ce moment est la mise en place d’un « bricolage », alors même que les enseignant.e.s travaillent d’arrache-pied pour essayer de maintenir un semblant de « continuité pédagogique », via le télétravail imposé. Lequel, au passage, balaye le droit à la déconnexion et impose un rythme de travail acharné. Nombre de collègues sont aussi parents et doivent assumer le suivi de leurs propres enfants.

Mais, nous pensons qu’il est fondamental que le lien social qui se crée et s’entretient à l’école soit maintenu. C’est la raison pour laquelle les enseignant.e.s ont mis en place les mesures de télétravail imposées par le ministère et cela, hors du cadre légal existant pour ces modalités de travail à domicile. (décret n°2016-151 du 11 février 2016). Nul n’est venu installer le matériel, normalement fourni par l’employeur, nécessaire au télétravail ; nul ne prend en charge les coûts générés (téléphone, connexion... ).
Chacun.e utilise ce dont elle/il dispose pour essayer de faire avancer le plus grand nombre, même avec des ordinateurs obsolètes ou des connexions précaires. Mais beaucoup d’entre nous peinent, car enseigner à distance, ce n’est pas notre métier et aucun apprentissage nouveau ne peut se faire dans ce contexte.

De plus, les failles déjà visibles concernant les inégalités sociales se creusent encore davantage. Dans de nombreux foyers, plusieurs jeunes doivent se partager les outils numériques qu’elles/ils ont à leur disposition. Dans de nombreux foyers également, il n’y a pas de matériel informatique ou pas de connexion possible. D’autres fois , ce sont des parents en télétravail qui monopolisent le matériel, la connexion.
Quelles que soient les situations, il faut aussi garder à l’esprit que les parents ne sont pas des enseignant.e.s à domicile et beaucoup se retrouvent complètement démunis.

Plusieurs collègues TZR dans le 2nd degré, et des brigades dans le 1er degré, se sont porté.e.s « volontaires » pour prendre en charge les enfants de soignant.e.s. Ces collègues n’ont jamais été rappelé.e.s. Pourquoi ? Ce sont donc les collègues titulaires sur un poste fixe qui semblent majoritairement assurer ces temps d’école.
Ces collègues se retrouvent donc confronté.e.s à à une double mission : accompagner des enfants sur leur lieu de travail d’une part, suivre leur(s) classe(s) habituelle(s) d’autre part.

A l’instar de tou.te.s les travailleur.euse.s actuellement présent.e.s sur leur lieu de travail et en contact avec du public, les enseignant.e.s volontaires pour accompagner les enfants à l’école ne disposent pas des protections nécessaires pour limiter les risques de contagion. Pourtant, elles/ils répondent présent.e.s et accueillent ces élèves dans des conditions parfois inacceptables (à titre d’exemple, dans certaines écoles écoles du département, les bureaux de vote installés pour les élections municipales n’ont même pas été retirés, les locaux n’ont pas été désinfectés ! ) En revanche, il n’est pas question qu’elles/ils portent la culpabilité d’une éventuelle contamination par ce biais. Il n’est pas non plus question que des injonctions hiérarchiques interviennent.
Chacun.e est capable d’estimer ce qu’elle/il est en mesure de faire ou pas.

Et après ?

- Le télétravail ne doit, en aucun cas, se substituer à un enseignement en présentiel au sein des établissements scolaires. Nous ne voulons pas que cette expérience subie de « l’école numérique », en raison de circonstances exceptionnelles, soit par la suite instrumentalisée par le Ministère et que l’on nous dise « Vous voyez, ça marche. Vous allez pouvoir travailler davantage numériquement. Et puis : pas besoin de recruter davantage ».

- Nous devrons garder à l’esprit que chacun.e aura fait ce qui lui était possible au regard de sa situation. Ce qui s’organise en cette période, vient de nous, qui travaillons sur le terrain, et pas de la hiérarchie, qui se contredit jour après jour. Nous n’avons et n’aurons aucun compte à lui rendre. On voit déjà poindre un « flicage organisé ». Les personnels ASH du département viennent de recevoir une injonction à justifier du travail effectué depuis la fermeture des écoles.

- Nous ne voulons pas non plus que l’on fasse fonctionner l’école coûte que coûte en exposant la santé d’autres travailleur.euse.s : nous ne voulons pas, par exemple, qu’il soit demandé aux facteurs et factrices d’assurer la « continuité pédagogique » en distribuant le courrier scolaire quand le lien numérique n’est pas possible.

- La tenue des examens reste également floue à ce jour. Si la situation actuelle nécessite un recours au contrôle continu uniquement, il n’est pas question que cette modalité remplace, à l’avenir, le cadrage national des diplômes.

- Nous devrons disposer des moyens nécessaires pour soutenir et accompagner tous les élèves qui auront eu des difficultés majeures voire qui auront décroché pendant toute la période de confinement.