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Publié : 15 mars

L’école de la confiance vrai-ment ?

La grève est le moyen d’action que porte SUD éducation, pour l’aspect symbolique de l’arrêt du travail. Force est de constater qu’elle peine à prendre dans les rangs des enseignants.es. Le ministre s’en félicite d’ailleurs pour communiquer sur la bonne réception de sa réforme. Mais qu’en est-il réellement de l’acceptation de ce projet rétrograde et de manière générale, des mesures imposées depuis la rentrée, dans le cadre idyllique de « l’école de la confiance » ?

Évaluations nationales : inadaptées, chronophages, contre-productives

Ces évaluations, en CP et CE1, en 6ème, en 2nde, ont été des fiasco : des niveaux d’exercices inadaptés, des conditions de passation stressantes, à une période de l’année pendant laquelle il y a bien mieux à faire. Quant à leur exploitation, la culture de l’évaluation chère au ministre ne pouvait que laisser craindre bien des dérives : qui était réellement évalué ? Les élèves seuls ou les enseignants.es, les écoles, les établissements scolaires...

"Hiérarchite aiguë" dans l’école de la confiance

Face à cette avalanche de bouleversements que subissent les collègues, nous sommes loin de l’assentiment dont se targue le ministre Blanquer au vu des statistiques de grévistes (dont de nombreux biais entachent l’exploitation). Effectivement, la grève n’a plus le succès d’il y a une vingtaine d’années, et SUD éducation le déplore. Mais, loin du plébiscite de la communication ministérielle, les fronts sont nombreux et les luttes engagées :

• non remontée des résultats des évaluations ;

• mouvements des stylos rouges sur les réseaux sociaux ;

• annulation d’épreuves de bac blanc ;

• correction des copies mais saisies de la note 20/20 sur les ENT.
Et que fait le ministre de l’école de la confiance ? Aujourd’hui, dans de nombreuses circonscriptions, les collègues de CP ayant refusé de faire passer les évaluations nationales ou n’en ayant pas fait remonter les résultats, sont la cible de la campagne d’intimidation de Blanquer. La lettre en pièce jointe est extrêmement inquiétante. Il menace les personnels qui luttent pour davantage de moyens, pour la réussite des élèves, pour de meilleurs conditions de travail, pour une école plus égalitaire.
Le Ministère a peur ! Dans cette lettre du 8 mars, il menace de sanction pour faute professionnelle les collègues du 1er et 2d degré refusant les évaluations nationales. Il s’appuie sur le décret 2014-940 relatif aux obligations de service des enseignant-es, sur l’article 912-1-1 du code de l’éducation et sur un arrêt du Conseil d’État de 2002 sur la liberté pédagogique. Enfin, il se réfère au décret 84-961 du 25 octobre 1984 sur le conseil de discipline. Avant même le vote sur la loi dite de l’école de la « confiance » en mai prochain, Blanquer sort la grosse artillerie contre celles et ceux qui ne sont pas au garde-à-vous.
Oui des collègues du premier degré ont refusé et refusent encore d’utiliser les outils qui visent le renforcement du tri social, la domination des élites sur les classes populaires, la transformation de l’école en marchandise et le transfert des données de nos élèves sur les espaces de stockage de Google en Irlande.

En cas de menaces ou de pressions de la part de votre hiérarchie ou simplement en cas d’inquiétudes de votre part : ne restez pas isolé-e-s. Ne nous laissons pas intimider !

ParcourSup : stress et dernier étage du tri social

Plateforme de tri postbac, ParcourSup a déjà mis sous pression la génération des bacheliers 2018. Alors que la concurrence de tous contre tous du système néolibéral fait rage, ParcourSup en était la déclinaison clôturant les études secondaires. L’opacité de la sélection des différentes filières post-bac, dissimulée derrière des algorithmes multiples, a fait éclater au grand jour les inégalités : scolaires, sociales, territoriales, entre établissements. Et c’est reparti pour cette année, sur le même mode, dans l’école de la confiance.

Réforme du bac

Issue du rapport Mathiot, la réforme du Bac 2021 est sur les rails… dans la plus grande précipitation, tant sur les contenus des programmes, dont on ne sait quasiment rien en ce qui concerne l’année de terminale, que sur la formation des enseignants.es, en particulier en ce qui concerne les nouveaux enseignements : SNT pour tous les élèves de 2nde et la spécialité NSI en première. L’information aux élèves et aux familles par les enseignants.es est insatisfaisante : si les filières disparaissent, l’orientation post-bac impliquera des choix de spécialités, sachant qu’il faudra en laisser une de côté en terminale. Quant à « l’esprit » de la réforme, qui veut que chaque élève fasse ses choix dans l’offre de son établissement, les contraintes d’organisation des enseignements font que beaucoup de lycées limiteront les associations de spécialités. Belles perspectives de rentrée dans l’école de la confiance.

École du socle : quid de la direction d’école ?

Les conseils d’école disparaîtront et le conseil d’administration devra comprendre des représentant-e-s du 1er degré et des communes. Pour les conseils pédagogiques, ils réuniront aussi les professeur-e-s des écoles mais par niveau et non par école. Le texte ne dit rien sur le sort des directeurs-trices d’école actuel-le-s : ils n’existeraient donc plus puisque l’école n’aura plus d’existence administrative. Pour autant le travail à accomplir restera tandis qu’un-e directeur-trice adjoint-e du/de la principal-e sera dans un bureau au collège.

Les missions des directions d’école ont évolué vers une hiérarchisation rampante inspirée du management. Cette volonté d’ajouter toujours plus de hiérarchie nuira aux conditions de travail et ne répondra en rien aux besoins des personnels et des élèves

Mutualisation des moyens et casse des statuts
La création de ces établissements publics des savoirs fondamentaux permettrait des économies de moyens :
• le nombre de décharges de direction supprimé sera autant d’économie de postes,
• on peut aussi penser au déplacement physique possible de classes dans les collèges, comme les CM1 et CM2. De telles expérimentations existent déjà, leur généralisation permettrait de jouer sur les moyennes et la concentration d’élèves pour supprimer des postes.

La réduction du nombre d’écoles et le développement d’écoles à taille inhumaine aurait pour conséquences :
• des suppressions de classes et des fermetures d’école,
• la mise en place d’une hiérarchie intermédiaire éloignée des lieux de travail des personnels et la multiplication des postes à profil,
• une remise en question de la place spécifique du conseil des maître-sse-s et de l’ensemble des relations entre les personnels,
• une menace sur l’existence même de l’école maternelle et plus largement une perte de l’identité du 1er degré.

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